Linux des tiers-lieux

Avant tout, qu’est-ce que Linux ?

Linux est un système d’exploitation libre et open-source.

Libre et open-source sont des synonymes signifiant tous les deux qu’une création respecte les quatre libertés fondamentales : utilisation, copie, étude et modification, ce qui amène, presque de facto, à la gratuité. Néanmoins, “libre” sera utilisé d’un point de vue philosophique là où “open-source” sera utilisé concernant une méthode de travail.

Ce que cela signifie est que Linux a été créé en suivant la philosophie du “libre” contrairement aux systèmes d’exploitations propriétaires courants tels que Windows ou MacOS.

En quoi cette philosophie change t elle les choses ?

Là où Windows et MacOS répondent aux besoins de clients, Linux répond aux besoins d’utilisateurs.

Cette différence est un point crucial auquel la philosophie du “libre” est confronté car lorsque l’on applique cette philosophie à la création d’un bien ou d’un service, elle se répercute obligatoirement sur l’utilisateur final, qui n’est pas toujours à même de la comprendre.

Par exemple, lorsque Microsoft et Apple décide de créer un nouveau système d’exploitation propriétaire, ils analysent les besoins de leurs clients afin d’y répondre au mieux, cela justifiant ainsi le coût du système d’exploitation.

La majorité des logiciels pour ces systèmes d’exploitations étant propriétaires également, il faut éviter pour Microsoft ou Apple que le client ait à débourser plus pour des outils courants, les poussant à proposer plus que ce que le client lambda aura besoin, parfois même en devançant des besoins marginaux actuellement mais qui pourraient, à moyen terme, se démocratiser (gestion fichiers et impression 3D en natif dans Windows 10).

Linux, avant d’être un système d’exploitation, est un “noyau”, la graine saine d’un système d’exploitation sain. Il n’est rien d’autre que la base du système, pour laquelle les développeurs n’ont absolument pas à se soucier de l’utilisation qui en sera faite mais uniquement du matériel sur lequel il devra fonctionner.

Cela amène donc une grande facilité d’adaptation puisque une simple modification au noyau permettra l’adaptation à tout type de matériel, depuis les plus utiles (PC ou MAC) aux plus inutiles hors “proof of concept” (Playstation, x-box, …).

Cette philosophie s’appliquant également aux logiciels écrits pour ce noyau, chaque composant d’un système d’exploitation propriétaire se retrouve décliner en plusieurs versions libres, parfois totalement différentes l’une de l’autre.

Sous l’appellation “Linux”, il n’existe donc pas “un” Linux mais “des” Linux car la philosophie du libre amène à ce que tout soit décomposé en éléments distincts pouvant être librement utilisés, copiés, étudiés et modifiés, et réunis pour correspondre, au mieux, aux besoins des utilisateurs sans devoir satisfaire une clientèle générale en répondant à leurs besoins à tous en même temps.

Installer” et “adopter” Linux, c’est donc choisir d’adopter un noyau sain qui sera inclus dans une “distribution”, c’est à dire le noyau et l’ensemble de composants qui correspondront le mieux à nos besoins.

Exemples de distributions :

  • Ubuntu : Linux grand public
  • ArcheOS : Linux orienté archéologie
  • EduBuntu : Linux orienté éducation et utilisation par des enfants
  • Android : Linux orienté smartphone
  • Tails : Linux orienté sécurité des données
  • Orthanc : Linux liégeois orienté serveur et imagerie médicale
  • SteamOS : Linux orienté plate-forme de jeux
  • OpenELEC : Linux orienté multimédia
  • KnoSciences & KnoMath : Linux orienté sciences et mathématiques

Tout en restant libre d’installer n’importe quel autre composant parmi la (très (très)) longue liste disponible.

Comme on peut le voir, il n’existe pas deux Linux les mêmes et l’on ne retrouvera donc pas forcément la même calculatrice sur son Linux que sur celui d’un autre car il existe des centaines de calculatrices libres, chacune ayant son orientation et qui s’intégrera donc plus logiquement dans telle ou telle distribution.

Mais il existe également des Linux quasi identiques à l’exception de quelques composants qui impliquent une grande différence, par exemple Ubuntu, Kubuntu et Xubuntu, offrant chacun la même base “Ubuntu” mais avec des interfaces graphiques totalement différentes (et donc des outils plus adaptés à chacune de ces interfaces).

Cette philosophie est-elle applicable à d’autres domaines que l’informatique ?

Ce qui a rendu possible l’application d’une telle philosophie dans le monde de l’informatique est qu’elle s’est appliquée dés la création du “noyau”, permettant à celle-ci de s’appliquer ensuite à tout ce qui en a découlé.

Cette philosophie étant confrontée à la légalité, il a fallu créer des “licences”, des extensions du droit d’auteur légal, “obligeant” leur respect aussi bien par les développeurs que les utilisateurs, mais amenant, par exemple, maintenant le noyau libre Linux a être utilisé en lieu et place d’équivalents propriétaires par toute société réclamant stabilité, fiabilité et sécurité (par exemple, la Loterie Nationale de Belgique fonctionne entièrement sur Linux).

Pour rendre cette philosophie applicable à un domaine tel que les espaces communautaires que sont les tiers-lieux, il faut donc entièrement décomposer le processus de création légal ou habituel et appliquer la philosophie libre à chacun des éléments de ce processus.

Décomposer le processus de création d’un tiers-lieu.

Il est assez facile de transposer les différents éléments que composent un environnement Linux en un environnement humain :

 

  • Matériel : la “machine” sur lequel Linux est installé est comparable à la forme juridique que se doit de prendre une association. Tout comme il existe peu de matériels différents sur lesquels Linux peut être installé, il existe peu de formes juridiques que peut prendre une association. Néanmoins, chacune a ses spécificités que le noyau doit impérativement prendre en compte.

 

  • Noyau : les fondateurs de l’association, dont les valeurs et les buts sont communs.
    En fonction de la structure juridique prise, ils devront composer avec les différents modules auxquels ils feront appel.

    Afin d’assurer un noyau sain, il faut, en plus du cadre défini légalement par la structure juridique, établir une “licence”, ou une charte s’appliquant à tous et assurant la transparence complète pour obtenir stabilité, fiabilité et sécurité et, donc, une chance de voir les modules à venir se créer sous cette forme également.
  • Modules : il existe plusieurs déclinaisons libres pour toute chose présente au sein d’une distribution Linux (interface graphique, gestion du son, du réseau, du wifi, de l’imprimante, de la souris, du clavier, calculatrice, éditeur de texte, etc.) que l’on retrouvera néanmoins classées selon leurs utilisation (cela pouvant être “inclassable”).

Les modules.

Tout comme il faut pour une distribution Linux définir son “orientation”, il faut pour une association définir son but social.

En fonction de cette orientation ou de ce but social seront choisis les modules dont on a besoin pour correspondre au mieux aux attentes, certains devenant indispensables.

Chaque module doit être documenté afin d’offrir un maximum d’informations concernant le sujet qu’il traite tout en prenant soin de ne pas généraliser ce qui pourrait devenir un module à part entière.

Par exemple, il existera des modules “Fablab” ou “Potager collectif” qui, en plus d’une documentation propre, feront appel à tous les autres modules indispensables à la création de tels lieux.

Autre exemple, le module “Financement” aurait une documentation générale faisant appel à toute une séries d’autres modules plus spécifiques selon les besoins.

Dernier exemple, le “Lieu”. Un module à part entière pourrait exister donnant des renseignements généraux à savoir sur le choix du lieu, mais de nombreux modules seraient créés pour les différents types de lieux où un tiers-lieux peut voir le jour.

Chaque module, quelque soit son sujet essayerait d’apporter :

  • Retours d’expériences positifs et négatifs
  • Points d’attention
  • Procédés de mise en application
  • Documentations légales (textes de lois, réglementations particulières)
  • Documentations officielles (liens vers documents, subsides, sites, …)
  • Documentation externe (e-book sur le sujet, sites dédiés, communautés existantes,…)
  • Niveau de compatibilité avec certains autres modules courants

afin que tout nouveau noyau désirant créer sa propre structure puisse le faire “à la carte” en n’ayant plus qu’à se renseigner sur des détails mineurs propres à leur noyau.

Comment cela est-il réalisable ?

Pour que cela se créée, il faut que chaque tiers-lieu déjà existant accepte de participer à ce projet en offrant son analyse des différentes modules résultant de la décomposition de leur structure et cela dans la plus grande transparence, n’hésitant pas à souligner les bonnes initiatives comme les erreurs. Si cela est possible, une interview avec différents membres du tiers-lieux analysé et une visite seraient organisés afin d’obtenir une vue extérieure d’intervenants habitués à analyser les méthodes de fonctionnement des tiers-lieux.

Il faut donc commencer par décomposer les différents “modules généraux” dans lesquels se créeront forcément de nouveaux.

Nous pouvons donc imaginer comme premiers modules à développer :

 

  • Le pays créant :
    • Belgique
    • France
    • Pays-Bas
    • Italie
  • La structure juridique créant :
    • ASBL
    • SFS
    • SCRL
  • L’orientation/But social créant :
    • fablab
    • restauration
    • potager communautaire
    • innovation sociale
    • design
    • architecture
  • Financement créant :
    • prestations de service
    • crowdfunding
    • capital commun
    • bénévolat
    • clientèle
  • Lieu créant :
    • atelier
    • maison
    • ferme
    • château
    • arrière-salle d’un bouge mal famé

Quelque chose existe t’il déjà ?

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